jeudi 14 avril 2016

Commentaires sur la méditation du Bouddha Souriant


Le mantra SA TA NA MA 

Le mantra SA TA NA MA est une expression vibratoire de la séquence de nombres 4/6 3/7 2/8 1/9 (4321 et 6789) telle qu’on l’étudie en Karam Kriya.

Lors du stage sur les nombres 4 et 6 le 20 mars dernier, nous avons travaillé à des expressions de cette séquence :
  • 4/6 : je ressens que ; je suis conscient de ; je m’engage envers ; je perçois que ; je réalise que ; la vérité, pour moi, c’est que ; je sers ceci :
  • 3/7 et 2/8 : au-delà de l’espace et du temps ; à travers mes armures et mes blessures ; malgré le bruit et l’agitation ; au-delà de mes espoirs et de mes résistances; au-delà des mes tentatives et de mes limites ; malgré mes distractions et mes souffrances ; au-delà des pour et des contre ; dans les bons et les mauvais moments ; au-delà des louanges et des calomnies ; dans le meilleur comme dans le pire ; à travers les karma et les drames..
  • 1/9 : je suis ; j’existe ; je suis la lumière de l’âme ; j’existe en tant qu’essence divine ; le Cosmos vibre en moi ; la paix demeure en moi ; je suis un-e avec l’Univers ; tout est parfait…


Comment Siddharta devint Bouddha

Une très belle expression de ces séquences se trouve dans la façon dont on raconte que Siddharta devint Bouddha.
4/6 - il s’assied sous l’arbre pipal, et fait voeu de ne pas bouger avant d’avoir atteint la Vérité.
4/6 = engagement inconditionnel envers la vérité, immobilité méditative (attitude), présence
3/7 - Māra, démon de la mort, veut qu’il échoue. Il lui envoie donc ses trois ravissantes filles pour le distraire de sa méditation.
3/7 = divertissement, fascination (très lié au sens de la vue), compensation/déguisement de la négativité (Māra) en quelque chose de positif et d'attrayant (ses trois filles), mensonge du mental positif qui maquille la négativité avec de belles couleurs.
Mais Siddharta demeure en méditation.
2/8 - Constatant son échec, Māra lance contre lui des hordes de démons. Nouvel échec : Siddharta demeure en méditation. Mais Māra refuse d’admettre sa défaite.
2/8 = le mental négatif/subconscient décharge sa négativité (les démons). Plus de jeunes filles fascinantes, mais plutôt la vraie nature de Māra : les passions, les désirs, les attachements, la Mort, l’anéantissement (2/8).
1/9 : Siddharta prend alors la Terre à témoin en touchant le sol du bout des doigts. Il a atteint le but ultime de l’existence, le trésor de l’éveil permanent, la compréhension de la nature fondamentale de toute chose.
1/9 = le sol ; le but ; “the point of life is to be a point” (Shiv Charan Singh), le trésor final, "ça".

Maintenir la neutralité et le non-attachement

Comme l’illustre cette histoire de Bouddha, dans les séquences 4321 et 6789, on ne quitte pas 4/6 pour aller à 3/7 et ainsi de suite. Au contraire, on demeure dans 4/6 (sa méditation, son engagement, sa présence, sa respiration consciente), et on laisse venir à soi 3/7, puis 2/8, et enfin 1/9. C'est là la vraie neutralité, le non-attachement, la non-identification du yogi. Siddharta demeure ferme dans son engagement et son attitude méditative. Et il laisse venir à soi aussi bien la fascination que la négativité, et se laisse traverser par elles sans jamais perdre le sens de sa propre présence. C’est ainsi qu'il se rend disponible pour que son but vienne à lui, plutôt que ce soit lui qui se perde en essayant de l’atteindre. La méditation du Bouddha Souriant et le mantra SA TA NA MA sont une opportunité de cheminer sur cette séquence et de la vivre très consciemment.

À l’image du Bouddha, il nous faut rester ferme dans notre méditation. Car dès lors que notre subconscient se nettoie, on est d’abord sollicité par mille pensées, aussi imagées, colorées et mouvantes que les filles de Māra. Certaines de ces pensées sont même en apparence d’excellentes idées, que l’on voudrait noter de suite, ou dont on aimerait suivre le développement! C’est ainsi que l’on quitte sa méditation, et que l’on se remet à réfléchir.

Mais, si l’on maintient la neutralité et le non-attachement, le masque tombe, et l’on est en prise plus directe avec la négativité: douleurs, mouvement émotionnels divers, émotions négatives («pff… quand est-ce qu’elle se termine, cette fichue méditation?!?»). Mais une autre de ces expressions peut aussi être une sensation d’Infini qui peut nous faire croire que le but est atteint. On prend alors le risque de s’attacher à la sensation, et cela même suffit à briser notre résolution méditative.

Mais si l’on passe outre, on peut faire l’expérience d’une paix véritable, d’un samadhi profond et heureux. C'est ce que dit le sourire apaisé, tranquille, du sage. Puisse votre méditation faire de vous un tel Bouddha souriant!

Méditation et concentration

Ce qui ressort aussi de l’histoire du Bouddha, c’est qu’il peut maintenir son attention méditative car celle-ci est attachée à un but précis : il s’engage envers quelque chose, il médite sur quelque chose, il est concentré sur quelque chose. Ainsi, car il la maintient fermement ancrée, sa conscience peut s’élever. De même qu’un cerf-volant peut voler car un fil, traversant les vents et les courants, le maintient fermement à un point fixe au sol. Sinon le cerf-volant aurait vite fait d’être pris dans les vents. Et après peut-être une brève et fascinante expérience de vol qui n’aurait que l’apparence de la liberté, il serait pris dans les courants chaotiques et finirait par s’effondrer.

C’est pourquoi la conscience appliquée est la conscience de quelque chose : de son identité spirituelle, de son âme, du Nām qui vibre en soi, etc. On parle alors de « conscience spirituelle ».

C’est aussi pourquoi une pratique et une discipline méditative seront d’autant plus efficaces qu’elles ont un but, qu’elles sont faites dans une intention particulière. Yogi Bhajan ne s’y est pas trompé en nommant chaque méditation et en explicitant le but de chacune d’elles.

On peut aussi appliquer cela au temps de méditation lui-même : lorsque vous méditez, restez concentrés. Rien d’autre que l’asana, le mudra, le pranayama, le mantra, la drishti (concentration du regard)… rien d’autre !

Et puis on peut l’appliquer à l’existence elle-même : une vie aura d’autant plus de sens qu’elle se concentre sur un objectif identifié, simple (même s’il est audacieux !), unifié… Cela rendre plus facile la traversée des distractions, des vagues, des mouvements, des karma et des drames… Concentrer sans contracter ; concentrer pour cristalliser.


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- Yogi Bhajan (July 16, 1992)

dimanche 13 mars 2016

Kriya du Bouddha Souriant


L’histoire raconte qu’après quarante jours de jeûne et d’ascèse méditative, Siddhartha était en bien piteux état, quasiment mort de faim et incapable de se déplacer. Le trouvant ainsi, un saint yogi prit soin de lui et le remit sur pied. Et quand enfin Siddhartha se remit à sourire, le yogi lui enseigna cette méditation. Puis, comme on le sait, Siddhartha trouva l’illumination permanente sous l’arbre bodhi, et devint le Bouddha. Il est dit que Jésus aussi apprit ce mudra lors de ses voyages. Bouddha, Jésus… si vous vous sentez inspirés par des êtres d’un tel calibre et d’une telle lumière, alors suivez leur exemple : pratiquez ce qu’ils pratiquaient, et vous atteindrez leur état de conscience.
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Cette posture ouvre le flux d’énergie du Centre du Cœur. Par une pratique régulière et consciente de ce kriya exceptionnel, maîtrisez la subtilité de sa technologie et faites l’expérience de sukha,  l’état de bonheur et de paix intérieure qu’elle apporte. Puis sentez-vous inspirés à enseigner cette méditation autour de vous, afin de contribuer à ce que la beauté, la paix et le bonheur se manifestent en tout et en tous.
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Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos bien droit, le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Dans cette posture, repliez l’annulaire et l’auriculaire de chaque main, et maintenez-les ainsi avec le pouce. L’index et le majeur sont joints et tendus vers le haut.

Les coudes contre la cage thoracique, les paumes tournées vers l’avant, penchez légèrement les bras de vers l’avant (30 degrés). Afin de bien ouvrir la poitrine et de présenter le centre du cœur, tirez les épaules vers le bas et vers l’arrière, et  rapprochez les omoplates.

Fermez les yeux et concentrez votre regard sur le point médian des sourcils (appelé aussi « troisième œil ») en chantant mentalement et en silence le mantra suivant:

sa ta na ma

Respirez naturellement, longuement et profondément.

Continuez ainsi pendant 11 minutes.

Pour terminer, inspirez profondément puis expirez ; ouvrez et fermez les poings rapidement plusieurs fois, puis détendez la posture.

Mes recommandations
  • Même silencieusement, chantez fort : faites vibrer le mantra assez fort en vous, afin de stimuler vos systèmes nerveux et glandulaires. 
  • Faites vibrer intérieurement chaque syllabe, selon la séquence suivante (assez classique dans la pratique de ce mantra) :
  • Projetez chaque syllabe à partir du troisième œil, comme une pulsation, un message vers l’Infini. Concentrez votre regard, mais ne contractez pas votre visage.

vendredi 11 mars 2016

Méditation pour nettoyer le mental négatif


« Chaque pensée que nous avons, en un clin d’œil, se change en sentiment, en émotion, en désir… C’est le processus permanent de l’intellect, c’est de cela que vit l’intellect. L’intellect nous bombarde de pensées, de pensées, de pensées, de pensées et de pensées… et ces millions de pensées vont dans le subconscient. Et le subconscient en est surchargé. Ensuite il se décharge sous forme de rêves, de fantasmes, de cauchemars et – mon Dieu ! – quand il se décharge dans votre inconscient, vous êtes cuits. » Yogi Bhajan
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« Qu’est-ce que la méditation ? La méditation est une chose toute simple : quand on médite, toute la saleté du mental subconscient ressort. La méditation est ce processus qui consiste simplement à se défaire de la pollution subconsciente. C’est là tout ce qui se passe pendant la méditation. Tout ce que vous avez vu, tout ce que vous avez désiré, se manifeste dans votre subconscient. Et lorsque vous commencez à nettoyer le subconscient, vous y trouvez la saleté non seulement de cette vie-ci, mais celle de vies et de vies et de vies et de vies… » Yogi Bhajan 
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La pratique de cette méditation permet d’éliminer les pensées et les émotions négatives stockées dans le mental négatif (ou mental subconscient). Alors le mental négatif peut véritablement jouer son rôle : vous soutenir en vous connectant à l'Infini en vous, en tous et en tout. La posture de cette méditation invite le calme et l'humilité: on l'appelait avant « Posture du Mendiant ». 
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Assis en posture confortable, le dos droit. Formez une coupe avec les mains, paumes vers le ciel, les doigts de la main droite sur ceux de la main gauche. Placez cette coupe à la hauteur du centre du Cœur. Les coudes sont détendus sur la cage thoracique. Les yeux sont presque fermés, et le regard est porté vers le creux des mains.






Dans cette posture, pratiquez le pranayama (ou séquence respiratoire) suivant :
  • inspirez longuement et profondément par le nez 
  • expirez par la bouche, en soufflant un courant continu en direction des mains

En inspirant, prenez conscience des pensées, des émotions, des attachements et des énergies négatives; laisser remonter à votre attention de tout ce qui, en vous (dans votre subconscient), vous pollue, vous pèse ou vous distrait;  faites remonter ces choses à la surface de votre conscience.

En expirant, défaites-vous consciemment de toute négativité et de tout ce qui vous encombre ; laissez cela vous quitter, simplement.

Continuez cette respiration 11 à 31 minutes.

Pour terminer, inspirez, puis expirez complètement et suspendez le souffle, poumons vides, en rentrant le nombril, et concentrez-vous sur chaque vertèbre, une par une; sentez ainsi votre colonne vertébrale aussi ferme qu'un mât, que la colonne d'un temple ou que le tronc d'un chêne. Maintenez ce vide quelques secondes. Puis inspirez puissamment, expirez et recommencez. Faites cela 3 à 5 fois, puis détendez-vous.

Mes recommandations

  • Respirez profondément: à chaque inspiration, emplissez entièrement vos poumons, et videz-les complètement à chaque expiration.
  • Faites en sorte de sentir le flux d'air sur vos mains, c'est important et cela va vous aider à maintenir votre concentration.
  • Tout au long de cette méditation, maintenez le mudra au niveau du centre de la poitrine, pas plus bas.
  • Cette méditation offre l'opportunité de faire l'expérience de l'Infini en soi: un espace intérieur vaste, profond, illimité, et infiniment pur. Ressentez cette pureté et identifiez-vous à elle qui est l'essence même de notre présence.

mercredi 16 décembre 2015

Méditer sur son propre prāna

« Voici une méditation prānique sacrée et [qui a été maintenue] secrète ; elle fait partie d’une classe de technique yoguiques avancées. Son but est de permettre à chacun-e de vivre jusqu'à un âge avancé tout en conservant sa jeunesse. C’est une méthode physique pour vous qualifier à une conscience plus élevée. [En effet] votre développement mental n’est pas efficace tant que vous n’êtes pas assez fort sur le plan physique. »       Yogi Bhajan, 16 février 1976
Le bénéfice d’une pratique correcte et régulière de cette méditation réside dans la jeunesse mentale et physique qu’elle permet de conserver. En stimulant un flux constant de prāna (énergie vitale) qui nourrit le corps et le mental, cette méditation assure le maintient d’une bonne santé et éloigne la maladie et la dépression.
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Suivez attentivement les instructions de ce kriya : « dans cette méditation, chaque détail importe énormément ».

Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit et le menton légèrement rentré pour aligner la nuque.

Mudra: tendez les index des deux mains ; repliez les autres doigts et maintenez-les verrouillés avec les pouces. La main droite tournée vers le bas et la main gauche vers le haut, croisez les index au niveau de la phalange du milieu. Placez ce mudra au niveau du diaphragme, les mains à une vingtaine de centimètres du corps, les index parallèles au sol.

« La clé de cette méditation est de sentir l’air sur le bout des doigts de Jupiter. » Yogi Bhajan 
Dans cette posture, inspirez longuement et profondément par le nez, et expirez lentement par la bouche, en soufflant dans la direction du bout des index. Les doigts peuvent devenir de plus en plus frais avec une agréable sensation. 

Continuez ainsi pendant 11 minutes maximum.

Pour terminer, inspirez profondément ; suspendez le souffle poumons pleins pendant 10 secondes en étirant les bras à la verticale, tout en maintenant les index tendus ; étirez-vous le plus possible. Puis maintenez la posture, expirez et restez poumons vides pendant 10 secondes. Inspirez à nouveau, étirez la posture le plus possible en suspendant le souffle, poumons pleins, pendant 10 secondes. Puis expirez et détendez la posture.
« Ne relâchez pas votre attention. Souvenez-vous que rien n’est plus puissant ni plus beau que votre propre souffle. Vous devez améliorer votre capacité respiratoire afin de fertiliser votre cerveau. » Yogi Bhajan 
Recommandations

Appliquez strictement les recommandations suivantes :
  • Le temps de pratique de cette méditation ne doit jamais dépasser 11 minutes. Augmentez progressivement, jour après jour, le temps de pratique.
  • Ne sifflez pas en expirant.
  • Ne pratiquez jamais cette méditation avec un souffle court et superficiel : respirez lentement et profondément. Videz complétement les poumons à chaque expiration
  • Tandis que vous pratiquez cette méditation, vous pouvez tousser, renifler ou bailler si c’est nécessaire, mais veillez à maintenir votre concentration. Si vous en ressentez le besoin, redressez votre posture et étirez la colonne vertébrale sans distraire votre attention ni sortir de votre posture.

mardi 17 novembre 2015

De compassion et d'amour


Depuis les attentats de samedi, le monde entier manifeste un touchant élan de solidarité à l’égard des Parisiens et des Français en général. Mais on entend aussi des voix qui regrettent que la même compassion ne semble pas se manifester à chaque fois que des attentats similaires ou que des violences font leur lot de victimes dans d’autres pays. Et en effet, les occasions de nous indigner ne manquent pas : il y a eu dans la même semaine des dizaines de morts à Beyrouth, une centaine au Kenya, d’autres centaines au Burundi, ou morts noyés en Méditerranée, sans parler de l’Irak et de la Syrie… et d’autres encore, innombrables, victimes partout dans le monde de la violence, de la misère et de l’ignorance.

Alors je me suis posé cette question : après tout, c’est vrai, pourquoi ne voit-on pas la même solidarité et la même compassion pour tous ? 

On peut bien sûr gloser sur l’orientation des médias et des réseaux sociaux qui ne s’intéresseraient qu’à ce qui se passe en Europe et en Amérique du Nord, et qui prouveraient par là l’extraordinaire égoïsme des Occidentaux, etc. On peut aussi cyniquement se dire qu’on finit par ne plus s’intéresser à la violence des pays dont on perçoit qu’ils en sont malheureusement coutumiers. Mais sans doute peut-on voir plus loin que ces opinions dictées par la dualité et ses tensions. 

Nous sommes mis au défi de développer une vue d’ensemble, d’embrasser le tout : Yogi Bhajan nous invite à « voir Dieu en tout » (sinon, on le sait, « on ne peut pas voir Dieu du tout »), le développement durable nous dit de « penser global », et nos grands modèles de sagesse et de bonté semblent s’être adressés à tous. Mais pour la plupart d’entre nous, « tout le monde », « universel », « l’humanité toute entière »… ne sont que des notions abstraites, des concepts dont on peine à faire une expérience tangible. D’ailleurs, celles et ceux qui ont manifesté leur amour pour tous les êtres semblent plutôt rares : on s’en souvient avec dévotion, on leur voue un culte et on bâtit des sanctuaires à leurs noms. 

Alors on approche ce vaste horizon qu’est l’universel au travers de ce que l’on connait, de ce qui nous est plus familier, de ce qui est à notre portée. Ainsi, si la compassion pour tous n’est pas facile à ressentir, on peut l’appréhender au travers de la compassion pour quelqu’un en particulier ou dans une situation donnée. De même que l’on peut approcher l’amour de Dieu en aimant son partenaire, ou que l’on apprend à aimer tous les êtres en aimant au moins ceux que l’on connait, que l’on a de l’empathie pour tous les êtres qui souffrent en contemplant un seul chien pelé et affamé. Dans le même esprit, on sait qu’entre l’individuel et l’universel, il y a la communauté : cette cour où se rencontrent le connu et l’inconnu, le personnel et l’impersonnel, le familier et le mystérieux ; cette porte, certes étroite au regard des dimensions de l’Infini, mais qui mène quand même à lui. Même les plus grandes consciences n’ont jamais parlé qu’à celles et ceux qui étaient en leurs présences. Mais ils ont su toucher, à travers eux, le monde entier.

La France, et Paris en particulier, sont familiers à beaucoup de gens. La France a une longue histoire et s’est fait connaitre (pas toujours favorablement, certes) de beaucoup de peuples. La langue française est très répandue et la culture française s’exporte bien, de même que sa mode, sa gastronomie et un certain art de vivre. Tout le monde connait la Tour Eiffel et Paris est dans le trio de têtes des destinations touristiques les plus prisées. Les Français jouissent globalement d’une image positive, et beaucoup de gens se disent qu’ils n’ont rien fait pour mériter cela.

Mais au-delà, qui peut dire ce que ces drapeaux tricolores qui fleurissent sur internet ne parlent que des Français ? Qui sait ce qu’ils signifient réellement ? Qui sait si, en manifestant leur indignation et leur solidarité à l’égard d’un peuple connu et identifié, et qui vit une tragédie donnée (alors qu’en effet, tant d’autres peuples mériteraient une égale compassion), ils n’expriment pas quelque chose de plus universel, mais de plus difficilement accessible ? De la même façon, on a tous vu la photo du corps d’Aylan, petit réfugié syrien noyé sur les plages grecques. Beaucoup d’autres enfants, à commencer par ses frères et sœurs, sont morts ce jour-là, et cela continue : mais qui irait affirmer que l’immense tristesse que l’on a ressenti devant ce petit garçon excluait ou ignorait les autres enfants décédés ? Sans doute, notre peine fut si grande qu’elle les incluait tous. Certes, le mental ne s’intéresse en général qu’à ce qui lui est familier, alors que le cœur, lui, peut contenir le monde entier. Mais qui a dit que le mental ne pouvait pas exprimer, parfois, à sa manière locale et limitée, ce que le cœur ressent d’infini ? Qui sait tout l’universel contenu ou adressé dans ces manifestations ciblées de solidarité ? Qui sait quelle prière universelle est dite en silence lorsque l’on écrit avec émotion pray for Paris ?

Paix à tou-te-s !

lundi 19 octobre 2015

Swara Yoga : méditation pour ne pas craquer


ਰਵਿ ਸਸਿ ਲਉਕੇ ਇਹੁ ਤਨੁ ਕਿੰਗੁਰੀ ਵਾਜੈ ਸਬਦੁ ਨਿਰਾਰੀ ੭॥
rav sas laoke eho tan kingurī vājē sabad nirārī.
Le canal solaire et le canal lunaire sont les cordes, 
et le corps est l’instrument : le Verbe y vibre harmonieusement.

                                        Gurū Nānak (16e siècle)
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La science du contrôle du flux d’air à travers les narines est appelée Swara Yoga. Swara désigne l'euphonie intérieure : l'harmonie vibratoire du mental induite par une respiration consciente, semblable à une harmonie musicale. Les nādi (ou méridiens) ida et pingala sont comparables aux cordes d'un instrument de musique. Lorsqu'ils sont activés et contrôlés par une respiration consciente, alors c'est tout notre système glandulaire qui vibre harmonieusement (sous le commandement de la glande pituitaire qui correspond au 6e chakra, précisément là où ida et pingala se rejoignent). Et dans cette expérience intérieure l'on peut faire l'expérience du soi véritable, telle une voix qui, sur cette mélodie, chante « je suis ».

Voici une très belle respiration méditative pour transformer son état mental et émotionnel en pratiquant Swara Yoga. Elle fut enseignée par Yogi Bhajan le 7 juin 1976.


Asseyez-vous en posture confortable, jambes croisées (ou sur une chaise), la colonne vertébrale droite. Rentrez légèrement le menton pour aligner la nuque. Croisez vos doigts (en Mudra de Vénus), les doigts de la main droite sur les doigts de la main gauche. Placez vos mains contre le corps, au niveau du diaphragme. 

Les yeux fermés, concentrez votre regard sur le bout du nez. Prenez conscience de la narine par laquelle vous respirez le plus : en quelques minutes à peine, vous devriez le savoir. Puis consciemment, changez de narine: par exemple, si vous respirez plutôt par la narine gauche, attirez le flux d’air par la narine droite, par la seule application de votre attention. Maintenez les épaules complètement détendues : vous devriez sentir une légère pression dans vos mains, mais pas au niveau des épaules.

Continuez ainsi à changer de narine toutes les quelques minutes. Méditez ainsi sur votre respiration pendant 11 minutes. Si vous le souhaitez, augmentez le temps de pratique d'une minute par jour, jusqu'à un maximum de 31 minutes.

Commentaires

La pratique de cette méditation vous donne donc accès au contrôle de vos réactions émotionnelles et de vos états mentaux, et vous empêche de craquer lorsque vous êtes sous pression. 

Lorsque votre mental est envahi de pensées négatives (angoisse, pessimisme, autodénigrement, ressentiment, colère, victimisation), ou lorsque vous voulez simplement vous sentir mieux, la pratique de cette méditation peut transformer votre expérience du moment. Cette respiration méditative modifie simplement votre état mental en changeant de narine active. Les narines sont connectées au « canal » psychique et émotionnel qu’emprunte notre énergie : apprenez à changer de canal. Lorsque vous souhaitez sortir d’un état d’accablement, de mélancolie ou de déprime, amenez votre respiration vers la narine droite pour stimuler pingala, le canal solaire, positif et extériorisant. Lorsque vous voulez calmer vos pensées, être moins réactif (sortir de la colère par exemple), attirez le flux respiratoire vers la narine gauche pour activer ida, le canal lunaire, relaxant et intériorisant

Mes conseils personnels

  • Vous pouvez aussi vous entrainer à changer de narine simplement en orientant légèrement votre regard vers la narine où vous souhaitez attirer le flux de prāna.
  • Méditez sur le mantra sat nām tout en respirant : écoutez intérieurement la syllabe sat (« vérité, réalité, essence ») sur l’inspiration, et nām (« identité » : ce à quoi la conscience s’identifie) sur l’expiration. Cela vous aidera à rester concentré, et votre méditation affectera des régions plus profondes de votre psyché.
  • Essayez de concentrer votre regard sans toutefois contracter ni les paupières, ni le front. Le visage détendu, les paupières presque entièrement closes, « posez » votre regard sur le bout du nez, tout simplement. Lorsque vous perdez ce point focal, retournez-y calmement.
  • Utilisez le mouvement de l'abdomen pour respirer plus profondément.

mercredi 14 octobre 2015

Tapa, la chaleur de la Transformation

« Tapa signifie « chaleur » : c’est la chaleur divine qui consume entièrement le karma. » Yogi Bhajan
Lorsque j’étais petit, à Lomé (Togo), j’aimais bien accompagner ma mère à son cours de Kundalini Yoga. J’étais toujours très impressionné par l’ambiance : une pièce surchauffée - (du Hot Yoga avant l’heure !), pleine de jeunes gens assidus se soumettant aux pratiques les plus engagées, le visage crispé par l’effort et la concentration, transpirant à grosses gouttes. Les étudiants avaient lu le manuel Self Knowledge (traduit en français sous le titre « Humanologie ») : certains croquaient des gousses d’ail crues pour stimuler l’énergie avant de longues séances de Sat Kriya. Tout cela contrastait fortement avec le calme qui régnait pendant la relaxation, et avec la profondeur de la méditation qui suivait.

Plus tard, j’ai retrouvé cette impression très particulière pendant le Yoga Festival, avec ces longues après-midi de Tantra Blanc dans la chaleur estivale de la Touraine, où l’on guette le moindre coup de vent comme la divine récompense de ses efforts. Et puis il y eu ce séjour à Vrindavan, en Inde. Visitant un temple dédié à Krishna, je fus frappé par ces fidèles, de jeunes hommes occidentaux pour la plupart, qui chantaient leur dévotion à pleins poumons, avec cymbales et percussions, assis pendant des heures sur des dalles de marbre, sous un soleil écrasant et dans une chaleur absolument effroyable. Il me sembla que la chaleur faisait encore une fois partie du processus. J’appris plus tard que c’est précisément ce que l’on appelle tapa : la chaleur nécessaire à toute transformation.

Qu’est-ce que tapa ?

En sanskrit, tapa signifie littéralement « chaleur » (via le latin tepidus, ce mot partage la même racine indo-européenne que le mot « tiède »). On trouve aussi tap (dans le Gurū Granth Sahib) et tapas (notamment dans les Yoga Sutra de Patanjali), qui signifient la même chose.

L’un des premiers sens du mot tapa désigne la chaleur de la gestation, de l’incubation et de la couvaison. C’est aussi bien la chaleur du ventre de la mère que celle de l’oiseau qui couve ses œufs ; c’est la chaleur du printemps qui permet aux graines de germer, celle de la chrysalide dans son cocon, et celle dont ont besoin levures et bactéries pour se multiplier (pour faire du yaourt, par exemple). Tapa peut aussi prendre le sens de « fièvre » : c’est l’élévation de la température corporelle que notre organisme produit pour stimuler la production des globules blancs et activer les défenses immunitaires. En somme, c’est la chaleur nécessaire à tout processus de métamorphose, de transformation biologique

Cela s’applique aussi à la chimie : on parle alors « d’énergie d’activation ». En cuisine, c’est  la chaleur contrôlée qui permet de cuire les aliments. Le feu de l’alambic, qui permet la distillation de la matière brute en l’alcool le plus pur ou en l’huile essentielle la plus fine, en est une autre forme. Tapa, c’est la chaleur de la transformation alchimique qui transmute le plomb en or. Et si l’on admet que cette matière vile, ce plomb des plus grossiers, représente nos instincts, et que l’essence, ou l’or, que l’on récolte à l’issue du processus de transformation, symbolise notre conscience la plus haute, alors on parle bien ici de l’éveil de la Kundalini, le long de cette colonne de distillation qu’est sushumna ; et cet éveil ne peut se faire sans tapa.

Tapa dans la philosophie du Yoga
« Lorsque vous êtes en colère, on parle de tapa, car il y a de la chaleur dans votre colère. Alors ce que pratiquent tous ces grands Yogis, vous le pratiquez aussi ! Mais vous, vous le faites sans le savoir, alors qu’eux savent tout à fait ce qu’ils font ; c’est juste une question de conscience. » Yogi Bhajan 
Selon la philosophie du Yoga, tapa s’entend comme « chaleur psychique » plutôt que corporelle : sinon, pratiquer devant son radiateur suffirait ! C’est la chaleur à laquelle on soumet son propre mental, pour l’extraire de sa nature la plus grossière, les instincts, et l’élever vers ses plus hautes aspirations : l’intelligence universelle. 

Ce feu existe en nous. De même que le fumier qui fermente s’élève en température, nos déchets subconscients qui s’amoncèlent produisent une chaleur qui nous consume à petit feu. « Quelque chose est en train de cuire », disait Yogi Bhajan à un élève dont il sentait la colère et le ressentiment s’accumuler. Là sans doute sont les fameuses poudres auxquelles une étincelle suffit à mettre le feu. Alors quitte à ce que cette chaleur se manifeste, autant qu’elle soit sous notre contrôle, comme le cuisinier garde un œil vigilant sur la flamme de son fourneau. « Cuire cela plutôt que cela nous cuise », pourrait-on dire. Ainsi, la juste application de tapa permet de générer un feu intérieur purificateur qui consume les toxines, élimine les impuretés, en somme, qui « brûle » la négativité et le karma.

Ainsi tapa peut prendre le sens général « d’ardeur spirituelle ». Cette ardeur se manifeste dans l’intensité de la pratique : c’est toute la ferveur spirituelle que l’on y met. C’est l’engagement, la résolution, mais aussi l’enthousiasme que l’on entend appliquer à un chemin qui vise à consumer l’égo. Tapa désigne donc l’effort intense de sa pratique spirituelle, mais aussi les conséquences psychiques de cet effort, la transformation personnelle qui en résulte. C’est pourquoi on peut aussi traduire tapa par « discipline spirituelle » ou encore « ascèse ». Dans l’Ashtang Yoga (les « huits membres du Yoga »), Pantanjali fait de tapa le troisième des niyama, les cinq « observances essentielles ». C’est une des clés du progrès spirituel, et nombreuses sont les mythologies qui décrivent combien les dieux eux-mêmes sont impressionnés par le tapa dont peuvent faire preuve les sages, les saintes et les héros.

Tapa et Kundalini Yoga
« Effectuez ce nettoyage total par un formidable effort du soi. Créez ce feu qui s’appelle tapa ; ce feu est le pouvoir qui peut éveiller votre Kundalini et consumer les blocages et tous schémas de votre cerveau. » Yogi Bhajan (à propos de Sodarshan Chakra Kriya)
L’efficacité du Kundalini Yoga repose, entre autres, sur une juste application de tapa. Cette « chaleur psychique », selon les mots de Yogi Bhajan, est à la base de l’éveil de la Kundalini : elle résulte de la combinaison, au niveau du centre ombilical, de prāna vāyu et d’apāna vāyu ; puis ce tapa descend au niveau du premier chakra et éveille la Kundalini qui s’y trouve lovée. 

On trouve donc tapa dans toutes les pratiques toniques et engagées dont le Kundalini Yoga a le secret, au point que de nombreux débutants, mais aussi nombre de pratiquants confirmés résument le Kundalini Yoga à cette seule intensité.

Or il ne faut pas confondre tapa et l’éveil de la conscience : si tapa est un moyen, la conscience est le but. C’est limiter le Kundalini Yoga, c’est restreindre la noblesse de ses objectifs et la richesse de ses moyens, que de l’associer systématiquement aux manifestations extérieures de tapa : plus vite, plus fort, plus longtemps, plus loin… mais pas vraiment plus haut ni plus vaste. L’égo, tel une baudruche, a vite fait de se gonfler à cette chaleur-là.

Alors si le but n’est pas tapa lui-même, mais la transformation qu’il permet, tapa doit s’accompagner d’une intention. La pratique seule, même avec beaucoup de tapa, ne suffit pas ; elle peut même se révéler néfaste en stimulant l’égo. Yogi Bhajan a toujours précisé l’intention qui sous-tend chaque kriya et chaque méditation, en général dans une longue introduction, ou encore dans le nom même de cette pratique. C’est donc dans les limites de la conscience de cette intention, et avec la plus grande précision, que tapa s’applique ; tapa ne saurait devenir un but en soi, sans quoi l’égo-mental s’en empare pour son propre compte, faute d’intention qui le transcende. Ce tapa-là peut certes impressionner les dieux, mais en aucun cas les tromper pour de bon…

Pratiquer tapa

Toute pratique tonique et engagée génère tapa, c'est-à-dire que l’ardeur de notre kriya est communiquée, via le système nerveux, au mental. C’est dans cette chaleur que la transformation du mental s’effectue, que les éléments de la personnalité sont raffinés, que les fausses identifications sont dissoutes, et que la graine de l’identité vraie, sat nām, commence à germer dans le terreau de notre conscience.

Si notre pratique est trop pauvre en tapa (irrégulière, peu intense, en somme, en deçà de l’intensité que l’on pourrait honnêtement lui donner), alors rien ou presque n’est vraiment  stimulé. Cette chaleur se dissipe avant d’avoir pu impacter notre psychisme. C’est juste un bon moment de temps en temps, mais rien de réellement transformateur.

Trop de tapa, en revanche, a pour effet de choquer le système nerveux, voire de le consumer, comme le ferait un courant électrique trop puissant traversant un circuit qui n’est pas calibré pour cela. Cela peut affecter durablement les structures psychiques et déstabiliser la personnalité. Le système nerveux a besoin de se calibrer progressivement. En outre, trop de tapa peut venir compenser un manque d’intention…

Enfin ce que l’on pourrait appeler un mauvais type de tapa - un kriya inapproprié, une méditation qui ne correspond pas à nos besoins - produit trop peu de résultat, car il n’impacte pas notre mental là où il le faudrait. De sorte que l’on se décourage (et l’on ne génère pas assez de tapa), ou alors on « augmente les doses » (et l’on génère trop de tapa). En général, cela vient d’un manque de clarté dans ses intentions, ou d’une guidance inappropriée.

Quelques pratiques pour faire l’expérience de tapa


Lorsque l’on parle de chaleur, on pense naturellement à la respiration du feu. C’est en effet un très bonne pratique pour stimuler tapa, seule ou associée à des postures toniques telles que l’éradicateur de l’égo ou la stretch pose. Les nabhi kriya vont également générer cette chaleur psychique ; cela a du sens dans la mesure où le centre du nombril correspond au troisième chakra et à l’élément Feu. Mais, on l’a dit, tout kriya ou méditation particulièrement intensive nous fera faire l’expérience de tapa : notre attitude compte aussi.

Mentionnons aussi les méditations intenses qui sollicitent les bras et qui font transpirer, telles la « méditation pour guérir les corps physique, mental et spirituel », la « méditation pour conquérir la douleur », celle pour « se débarrasser de la peur et de personnalités fragmentées ». Je pense aussi au Bowing Jāp Sāhib, et évidemment à Tap Yog Karam Kriya (on notera l’expression karam kriya, « processus de transformation du karma [en dharma] »). Quant à Sodarshan Chakra Kriya, elle est explicitement mentionnée comme stimulant tapa pour brûler le karma.

Enfin, l’un des plus sûrs moyens de générer tapa, c’est japa, la répétition d’un mantra. Yogi Bhajan en précise ainsi la séquence : « Japa génère tapa ; tapa brûle le karma, et le karma, une fois consumé, crée le dharma. Et dans ce dharma règnent la bonté et la compassion en lesquelles Dieu demeure. » Ainsi, nombre de méditations particulièrement intenses ont recours au japa d’un mantra que l’on répète de façon monocorde et auto-hypnotique. 

Je repense à la chaleur étouffante du centre de Kundalini Yoga de Lomé, aux dévots de Krishna brûlant leur karma au soleil de l’Inde, et aux longues heures passées à chanter Hammī Ham Brahm Ham en transpirant sous la big top. Et je me dis qu’en fin de compte il ne s’agissait pas de la chaleur des tropiques ni de celle du Yoga Festival, mais bien de celle, plus humble mais bien plus formidable, qu’un être humain peut produire de lui-même au service de sa transformation et de son élévation :
« Allumez le feu de la droiture, irradiez de la lumière du Nām et de la vérité, et saisissez dans votre cœur la formidable chaleur du soleil » Yogi Bhajan
_____________________________
Initialement paru dans Sat Nam Infos,
actualité en ligne de la Fédération Française de Kundalini Yoga

vendredi 9 octobre 2015

Méditation pour réduire le stress

« Respirer en huit temps, observer et compter ainsi ses respirations, vous oblige à vous relier à votre souffle. La meilleure façon de procéder consiste à pratiquer cet exercice chaque soir. Onze minutes quotidiennes de cette respiration en huit temps peut vous donner assez d’énergie pour équilibrer votre consommation quotidienne de force de vie, et suffit à éliminer le stress. Alors, est-ce possible ? Avez-vous onze minutes ? » Yogi Bhajan, 8 août 1994
Voici une respiration méditative (ou prānayāma) particulièrement efficace pour réduire le stress et évacuer les tensions intérieures. Lorsqu'elle est pratiquée le soir, elle élimine le stress accumulé par le corps et dans l’aura (le champ magnétique). Elle développe le calme, la sérénité et l'équilibre intérieur, et nous recharge en énergie vitale (ou prāna).

Pour pratiquer cette méditation: assis-e en posture confortable, le dos droit, le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Dégagez la poitrine, et posez les mains sur les genoux en gian mudra (les extrémités des pouces et des index sont connectées), ou dans le mudra méditatif de votre choix. Fermez le yeux.

Inspirez par le nez en huit temps (ou huit paliers), et expirez par le nez en une fois. La respiration est puissante et profonde. Continuez à respirer ainsi pendant 11 minutes.

Pour terminer, inspirez et gardez le souffle pendant 5 à 10 secondes, puis expirez. Inspirez à nouveau, gardez le souffle et roulez les épaules pendant 15 à 20 secondes, puis expirez. Inspirez une dernière fois, gardez le souffle et roulez les épaules le plus vite possible pendant 15 à 20 secondes, puis expirez, et détendez-vous.

Mes conseils personnels:

  • Même si ce n'est pas précisé ici, il peut être utile de concentrer son regard sur un point particulier; concentrez sans toutefois contracter. Les paupières closes, vous pouvez par exemple poser votre regard sur le bout du nez, ce qui va donner un point fixe à votre mental et favoriser votre concentration.
  • Pour compter les huit temps de l'inspiration, vous pouvez utiliser un ashtang mantra, un mantra en huit syllabes ou huit mots. Par exemple: Ra Ma Dha Sa Sa Se So Hang.
  • Utilisez le mouvement de l'abdomen pour respirer plus profondément.

lundi 5 octobre 2015

Ik Ardās Bhāt Kīrat Kī



Un magnifique shabd en l'hommage du 4e Gurū Sikh, Gurū Rām Dās. Ce texte, composé par le poète et musicien Kīrat qui servit à la cour du Gurū, est ici chanté par Mata Mandir Singh. À écouter et chanter sans modération...

***
Couplet en l’hommage du 4e Gurū, 
composé par le Kīrat le barde
(Sirī Gurū Granth Sāhib p. 1406)

ਹਮ ਅਵਗੁਣਿ ਭਰੇ ਏਕੁ ਗੁਣੁ ਨਾਹੀ ਅੰਮ੍ਰਿਤੁ ਛਾਡਿ ਬਿਖੈ ਬਿਖੁ ਖਾਈ ॥
ham avguṇ bhare ek guṇ nāhī ammrit chhāḍ bikhē bikh khāī.
Je suis plein de défauts, et n’ai pas la moindre vertu. J’ai délaissé l’amrit (le nectar d’immortalité) pour boire du poison à la place.

ਮਾਯਾ ਮੋਹ ਭਰਮ ਪੈ ਭੂਲੇ ਸੁਤ ਦਾਰਾ ਸਿਉ ਪ੍ਰੀਤਿ ਲਗਾਈ ॥
māyā moh bharam pē bhūle sut dārā sio prīt lagāī.
Dans l'ogueil de Maya, égaré par le doute, je suis attaché par l’amour de ma femme et de mes enfants.

ਇਕੁ ਉਤਮ ਪੰਥੁ ਸੁਨਿਓ ਗੁਰ ਸੰਗਤਿ ਤਿਹ ਮਿਲੰਤ ਜਮ ਤ੍ਰਾਸ ਮਿਟਾਈ ॥
ik utam panth sunio gur sangat teh milant jam trās miṭāī.
Mais j’ai entendu que la voie spirituelle la plus élevée est celle de la sangat (la communauté spirituelle). M’y joignant, la terreur de la mort disparait.

ਇਕ ਅਰਦਾਸਿ ਭਾਟ ਕੀਰਤਿ ਕੀ ਗੁਰ ਰਾਮਦਾਸ ਰਾਖਹੁ ਸਰਣਾਈ ॥੪॥
ik ardās bhāṭ kīrat kī gur rāmdās rākho sarṇāī. ||4||
Alors voice l’ultime prière de Kīrat le poète : ô Gurū Rām Dās, protège-moi, accueille-moi en ton sanctuaire. ||4|
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samedi 3 octobre 2015

Niyama (dans les Yoga Sūtra)

Selon les Yoga Sūtra, recueil d’aphorismes du rishi Patañjali, on recense huit « membres » (asht-anga), huit étapes fondamentales sur le chemin du Yoga : yama, niyama, āsana, prānāyāma, pratyāhāra, dhāranā, dhyāna et samādhi. Après yama, voici quelques mots sur niyama.




Niyama

Niyam signifie, entre autres « méthode, processus, discipline ». Les Yoga Sutrā de Patanjali recensent cinq niyama :

  • saucha : l’hygiène, la propreté, la pureté physique et mentale;
  • santosha : le contentement, parfois aussi traduit par « patience »; 
  • tapas : l’effort, l’ardeur spirituelle, l’ascèse; 
  • svādhyāya : littéralement « méditer sur soi »; la connaissance de soi, la conscience de soi;
  • īshvara-pranidhāna : littéralement « se consacrer au Seigneur »; la dévotion; demeurer en Dieu, en être un disciple, tout ramener au Divin.

Comme on l’a vu précédemment, les cinq yama sont les prérequis moraux qui dégagent notre intention initiale de tout fantasme, de tout espoir, de toute intention parasite de l’égo. Les yama régulent les mouvements psychiques des « cinq passions », afin qu’elles ne s’intègre pas à notre cheminement.

Les cinq niyama, quant à eux, proposent une discipline pour faire en sorte que notre intention demeure pure de toute corruption égotique tout au long du chemin. Et pour s’en assurer, il faut s’y appliquer chaque jour. De même que le corps se salit chaque jour, on le lave chaque jour ; il en va de même pour le mental subconscient. La discipline suggérée par niyama est donc quotidienne.

Ainsi, saucha nous purifie pour faire en sorte que notre désir, kām, transcende ses manifestations instinctives et deviennent un désir pur et puissant de s’unir au Divin, de se sentir appartenir à la Conscience Universelle (« longing to belong » selon l’expression de Yogi Bhajan).

Santosha, « se contenter de ce que l’on a et de ce qui est », laisse la voie à la juste compréhension plutôt qu’à des projections et des interprétations de la réalité qui concluent à la victimisation, à la honte, au ressentiment, à la culpabilité (liste non exhaustive…) qui sont autant de visages de la colère contre soi ou le monde (krodh).

Tapa (cliquez ici pour un article plus détaillé) est la chaleur psychique, l’effort sur soi-même (y compris l’effort physique) qui permet d’éveiller la conscience de soi son état hypnotique ordinaire, mais un effort toujours orienté vers le but le plus noble, l’éveil de la conscience individuelle vers la Conscience Universelle. C’est la chaleur puissante mais contrôlée qui meut la conscience en un mouvement ascendant, tel un ballon d’air chaud qui monte. Le combustible nécessaire à cette chaleur est notre propre karma, nos identifications erronées et nos fausses limitations. Tapa s'oppose donc à lobh, l’avidité qui, au contraire, a besoin de puiser toujours plus dans le monde horizontal (les biens matériels, les relations sociales) pour entretenir le feu de l’égo et ses fascinantes projections.
« Tapa signifie "chaleur": c’est la chaleur divine qui consume entièrement le karma. » Yogi Bhajan
Svādhyāya signifie « conscience de soi ». Cultiver la conscience de soi, c’est l’exact opposé de moh (l’orgueil) : la glorification du moi, identité secondaire, illusoire et éphémère (là où le soi demeure sereinement dans l’éternité de chaque instant).

Enfin, īshvara-pranidhāna, c’est se référer à Dieu, s’en remettre entièrement à la Conscience Universelle. Si je dois cultiver quelque attachement, autant me lier au Divin plutôt que d’être entravé par tout autre attachement, toute autre identification (ahangkar). Ici il est question du sacrifice, qui est la transformation de nos attachements. Ahangkar marque le refus d’en faire l’oblation, tandis qu’īshvara-pranidhāna est l’expérience d’un sacrifice total, inconditionnel, réitéré jusqu’à ce qu’il demeure un état permanent.

On peut faire un parallèle intéressant entre les niyama et la sādhanā telle qu’elle est pratiquée quotidiennement dans la tradition du Kundalini Yoga :

  • saucha se manifeste par la douche froide, ishnān, qui détoxifie le corps et nettoie le subconscient de son activité nocturne ;
  • le Japjī Sāhib de Gurū Nānak décrit la réalité intrinsèque de l’Univers ; il dit ce qui est. Sa lecture installe santosha ; le sens des mots ainsi que leur vibration mettent calmement notre mental en relation avec l’intelligence universelle, afin qu’il développe la compréhension la plus juste et la mieux informée ;
  • tapa est une composante essentielle de tout kriya (ou série d’exercices) de Kundalini Yoga ; chaque kriya est véritablement « un formidable effort du soi » (Yogi Bhajan) ;
  • la méditation amène évidemment svādhyāya, et la nature dévotionnelle des chants, īshvara-pranidhāna qui se poursuit dans le chant du kirtan, la présence de la communauté (sangat) et la lecture du hukam qui suivent la sādhanā

Après yama et niyama vient āsana, la posture (prochain article).

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